C'est la première question que pose tout marketeur en découvrant la recommandation de la CNIL sur les pixels de suivi : « Si mes destinataires peuvent refuser le suivi, mes statistiques ne valent plus rien ? »
Question légitime. Réponse courte : non — et il y a même de bonnes chances que vos taux d'ouverture soient plus justes après qu'avant. Voici pourquoi, chiffres à l'appui.
(Pour le contexte réglementaire, voir notre article d'introduction ; pour le partage des responsabilités, l'article conformité.)
Le mauvais réflexe : diviser par des gens qu'on ne peut pas mesurer
Imaginons une campagne : 10 000 envois, 3 900 ouvertures détectées. Taux d'ouverture : 39 %. Simple.
Maintenant, 200 de vos destinataires ont refusé le suivi d'ouverture. Leurs emails partent sans pixel. Certains les ouvrent, d'autres non — vous ne le saurez jamais, et c'est le principe.
L'erreur serait de continuer à calculer 3 900 / 10 000 = 39 %. Ce chiffre est faux : il traite 200 personnes non mesurables comme si elles étaient mesurées et n'avaient pas ouvert. Il ne dit plus « 39 % de mes destinataires ont ouvert », il dit « 39 % de mes destinataires ont ouvert ou bien font partie de ceux dont je ne sais rien ». Un taux qui mélange les deux ne veut plus rien dire.
Le bon calcul retire du dénominateur ce qu'on ne peut pas observer : 3 900 / (10 000 − 200) = 39,8 %.
Notez la direction : le taux monte. Contre-intuitif, mais logique — vous cessez de diviser par des inconnues. Vos statistiques ne sont pas dégradées par l'opt-out ; elles sont nettoyées.
Ce que vous voyez dans vos rapports
Dans Mailpro, le refus n'est pas caché sous le tapis. Il est compté, affiché, explorable.
Une tuile « Non mesurés » apparaît dans les statistiques de campagne, à côté de vos indicateurs habituels. Elle affiche le nombre de destinataires ayant refusé le suivi d'ouverture, avec une info-bulle qui rappelle la règle de calcul. Elle est visible même quand elle vaut zéro — pour que vous sachiez toujours sur quelle base vous raisonnez.
Un accès au détail. Depuis cette tuile, vous pouvez ouvrir la liste des destinataires concernés, comme pour n'importe quel autre indicateur (livrés, ouvreurs, cliqueurs…). Rien d'anonyme, rien de flou : ce sont vos contacts, vous voyez lesquels.
Un « non ouverts » corrigé. Conséquence directe : le compteur des non-ouvreurs ne mélange plus « n'a pas ouvert » et « n'a pas pu être mesuré ». Deux populations distinctes, deux compteurs distincts.
Pourquoi seuls les taux d'ouverture bougent
C'est une question qui revient souvent, et la réponse est instructive : clics, bounces et désinscriptions ne changent pas de dénominateur. Ils restent calculés sur le total des envois.
La raison est simple : un destinataire qui refuse le pixel reçoit vos emails normalement. Il est parfaitement mesurable sur tout le reste.
- Les clics ne dépendent pas du pixel. Un clic est un acte volontaire : la personne décide d'appuyer sur un lien, et ce lien passe par une redirection de suivi. Rien à voir avec une image chargée en douce. Le clic reste mesuré pour tout le monde — et il constitue d'ailleurs, sur ce type de base, votre signal d'engagement le plus solide.
- Les bounces sont une réponse du serveur destinataire pendant l'envoi. Ils ne dépendent d'aucune ouverture.
- Les désinscriptions sont une action explicite du destinataire, via son propre lien.
Ces trois indicateurs concernent donc l'intégralité des envoyés, et leur dénominateur reste l'intégralité des envoyés. Retirer les non-mesurés y introduirait un biais au lieu d'en corriger un. Seuls les taux dérivés de l'ouverture changent de base — parce que l'ouverture est la seule chose que le refus rend invisible.
Mise en perspective : vos ouvertures étaient déjà approximatives
Il faut le dire clairement, parce que ça remet le sujet à sa juste place : le taux d'ouverture est une estimation depuis des années.
Depuis 2021, Apple Mail Privacy Protection précharge automatiquement les images des emails via un serveur relais, pour une large part des utilisateurs Apple Mail — que le message soit ouvert ou non. Résultat : des ouvertures fantômes, comptées pour des messages que personne n'a lus, avec une IP de relais qui brouille la géolocalisation. Selon la part d'Apple Mail dans votre base, cela peut représenter une fraction considérable de vos « ouvertures ».
À cela s'ajoutent, depuis longtemps, les clients de messagerie qui bloquent les images par défaut : l'effet inverse — des ouvertures bien réelles, jamais comptées.
Autrement dit, votre 39 % historique était déjà le produit de deux biais opposés, silencieux et non quantifiés. Le refus du suivi, lui, est explicite, compté et affiché. Vous savez exactement combien de destinataires il concerne, et lesquels.
L'argument de fond : plus honnête, pas plus pauvre
C'est le renversement à opérer sur ce sujet. Une statistique n'a pas de valeur parce qu'elle est flatteuse ; elle en a parce qu'elle décrit la réalité.
Le nouveau mode de calcul vous donne trois choses que vous n'aviez pas :
- Un taux qui dit ce qu'il dit — un pourcentage de la population réellement observable, pas d'un total qui inclut des angles morts.
- La mesure de votre propre incertitude — la tuile « Non mesurés » vous indique noir sur blanc quelle part de votre base échappe à la mesure d'ouverture. Aucun indicateur ne vous donnait cette information auparavant.
- Des comparaisons qui tiennent — de campagne à campagne, vous comparez des taux calculés sur la même logique de base mesurable.
Un point d'attention pour finir, dans un souci d'honnêteté : au moment où la mécanique se met en place, vos taux d'ouverture vont légèrement bouger — mécaniquement, à la hausse, du fait du dénominateur réduit. Si vous suivez vos KPI de mois en mois, gardez-le en tête pour la lecture de la période de transition, et appuyez-vous sur la tuile « Non mesurés » pour en objectiver l'ampleur.
Ensuite, la vie continue — avec des chiffres auxquels vous pouvez vous fier, et des destinataires dont le choix a été respecté. Les deux vont ensemble.
Pour aller plus loin
- Pixel de suivi dans les emails : ce que c'est, et pourquoi la CNIL s'y intéresse
- Pixels de suivi : ce que vous devez faire, ce que Mailpro fait pour vous
- Source officielle : Recommandation CNIL relative aux pixels de suivi (PDF) et le communiqué du 14 avril 2026.
Cet article est un document d'information générale et ne constitue pas un conseil juridique. Pour votre situation particulière, rapprochez-vous de votre juriste ou de votre DPO.
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